mardi 22 août 2017

Rejoins-nous dans l'armée du 12 octobre, de Jérôme Camut et Nathalie Hug


On se retrouve aujourd’hui avec une petite chronique d’une nouvelle proposée en ouverture d’un roman à paraître aux éditions 12-21 au mois d’octobre prochain : Islanova, de Jérôme Camut et Nathalie Hug. Voilà plusieurs années que je suis intriguée par les romans de ce duo d’auteurs sans jamais avoir osé franchir le pas, et le début de cette nouvelle saga m’a paru l’occasion idéale pour me lancer. D’autant plus que, pour découvrir leur plume et leur univers en avant-première, l’éditeur nous propose Rejoins-nous dans l’armée du 12 octobre, une nouvelle gratuite.

Le fichier ePub contient à la fois une courte nouvelle et les premiers chapitres du roman. J’ai lu l’une et les autres avec un indéniable plaisir. La première se déroule dans notre monde, dans un futur proche où l’eau est devenue suffisamment rare pour qu’on soit obligé d’y faire attention. Malgré tout, les gouvernements comme la population ne semblent toujours pas conscients des enjeux et certains croient en des actions décisives : détruire pour alerter par exemple. C’est dans ce contexte qu’on fait connaissance avec Mila, une jeune femme isolée, et Henri, un vieil écolo plein de surprises. Tous deux sont aux prises avec un formidable incendie qui tue et détruit des hectares de garrigue.

Le style est indéniablement prenant. Nos deux héros fuient le brasier et on a l’impression de sentir la chaleur se rapprocher et la fumée envahir nos poumons. La plume est fluide et percutante, et donne un bon aperçu de ce que sera cette nouvelle histoire, que j’ai vraiment envie de lire ! Les premiers chapitres qui nous sont proposés ici n’ont fait que confirmer cette bonne impression, même s’ils s’attachent aux pas d’autres personnages, en particulier Julian qui, à l’heure où le feu menace sa maison, va découvrir sa fille de seize ans au lit avec son beau-fils Leny. Pour fuir les foudres de ce père en colère, les jeunes gens vont chercher à rejoindre l’Armée du 12 Octobre, un groupe d’écologistes radicaux.

D’emblée, le décor est planté. Il sera question de terrorisme écologique et de relations compliquées. Chouette ! J’ai vraiment hâte que ça sorte pour aller au bout de cette intrigante histoire.

Note : ★★★★☆

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Rejoins-nous dans l'armée du 12 octobre, de Jérôme Camut & Nathalie Hug
Editions 12-21 (2017) - 59 pages - Support numérique - Nouvelles & Recueils

"Rejoignez-nous ! Entrez dans la résistance, ouvrez les yeux... " Son nom de code : Loki. Son territoire : les forêts et la garrigue provençales. Sa cause : l'écologie. Son action : détruire pour alerter. Son but : forcer les peuples à s'emparer de la destinée de leur planète. Son arme : le feu. Un espoir pour la nouvelle génération : l'Armée du 12 Octobre et Islanova !

Site de l'auteur : http://www.jeromecamut.com/

lundi 21 août 2017

Les fiancés de l'hiver, de Christelle Dabos


Qui n’a jamais entendu parler de la saga La Passe-Miroir, de Christelle Dabos ? Lauréat du « Concours du premier roman jeunesse » organisé par les éditions Gallimard en 2013, le premier tome, intitulé Les fiancés de l’hiver, a su conquérir le cœur du jury et de milliers de lecteurs. Je viens de le terminer, et je vous avoue que cet engouement me laisse un peu dubitative. J’ai eu beaucoup de mal à rentrer dans cette histoire, et ce pour plusieurs raisons.

La première tient clairement à son héroïne. Ophélie est une jeune fille tellement effacée qu’elle en devient presque transparente, y compris pour le lecteur qui a bien du mal à s’intéresser à elle. Sur le papier, ses talents particuliers m’intriguaient pourtant énormément : elle est en effet capable de voyager à travers les miroirs, d’une part, mais aussi de lire les objets, c’est-à-dire d’avoir des visions de la manière dont ils ont été utilisés dans le passé. Malheureusement, l’autrice semble plus intéressée par le mariage forcé que l’on impose à son héroïne, et contre lequel à aucun moment elle n’essaie réellement de se révolter, que par ses extraordinaires capacités. Et c’est fort dommage… Effacée et simplette, son Ophélie m’a rapidement tapé sur les nerfs à cause de sa passivité.

La seconde chose qui m’a déstabilisée, c’est le foisonnement de l’univers. Entendons-nous bien, c’est généralement un gage de qualité, sauf quand c’est au détriment de l’intrigue, et j’ai trouvé que c’était le cas ici. Le monde qu’on nous décrit est extrêmement riche, empreint de magie et d’illusions. Il y a de très belles idées que j’aimerais beaucoup voir développées dans la suite, mais… Mais pendant près de 70 % du livre, il ne se passe rien ! Dès son arrivée, on explique à Ophélie qu’elle va devoir dissimuler son identité, sans vraiment juger utile de lui – et de nous – expliquer pourquoi. S’ensuit alors un long long long exposé de ses déboires à la cour au cœur des complots ourdis par les différents clans. Les choses mettent un long moment à se mettre en place, et pendant ce temps, on s’ennuie ferme !

Au final, entre une héroïne qui subit en silence et une intrigue qui s’étire en longueur, j’ai mis un temps infini à lire ce livre, résistant difficilement à l’envie de le poser dans un coin obscur et de l’y oublier ! Ce n’est qu’une fois parvenue au trois-quarts du roman que mon intérêt s’est enfin éveillé pour cette histoire. La fin est prometteuse, c’est vrai, et je lirai probablement la suite un jour, mais ce n’est définitivement pas pour tout de suite ! C'est un réel soulagement d'être arrivée au bout.

Note : ★★★☆☆

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La Passe-Miroir, tome 1 : Les fiancés de l'hiver, de Christelle Dabos
Editions Gallimard (2013) - 519 pages - Support numérique - Ados & YA

Sous son écharpe élimée et ses lunettes de myope, Ophélie cache des dons singuliers : elle peut lire le passé des objets et traverser les miroirs. Elle vit paisiblement sur l'Arche d'Anima quand on la fiance à Thorn, du puissant clan des Dragons. La jeune fille doit quitter sa famille et le suivre à la Citacielle, capitale flottante du Pôle. À quelle fin a-t-elle été choisie ? Pourquoi doit-elle dissimuler sa véritable identité ? Sans le savoir, Ophélie devient le jouet d'un complot mortel.

Site de l'auteur : http://www.passe-miroir.com/

dimanche 6 août 2017

Not just a pretty face, de Cécile Duquenne


Me revoilà avec le premier épisode de la saison deux des Foulards Rouges, de Cécile Duquenne, un épisode intitulé Not just a pretty face, en référence à Lara comme on s’en doute. On l’avait quittée en compagnie de Renaud et de tous les évadés de Bagne dans une situation plus que précaire, après que leur vaisseau se soit crashé sur la Terre. On la retrouve à peine quelques temps plus tard, lorsqu’elle reprend connaissance, et sa situation ne s’est pas tellement arrangée…

J’avais adoré la première saison et surtout l’atmosphère de Bagne : ces terres arides et désertiques où sévissaient les Foulards rouges, roses et noirs, savant mélange de western, de steampunk et de magie. J’attends donc beaucoup de la suite, et j’avoue que Cécile m’a fait terriblement peur au début de ce premier épisode. Le décor n’était plus le même, et je m’attendais donc à quelques bouleversements, mais cette entrée en matière à la mode jeu vidéo m’a quelque peu déstabilisée. L’espace d’un instant, j’ai perdu tous mes repères et j’avoue que je me suis dit : mais qu’est-ce qu’elle me fait ?

Je vais donc passer sur l’épisode de l’Arène des Justes auquel je n’ai pas tellement accroché, autant être honnête, pour passer directement à la suite, beaucoup plus conforme à ce que j’attendais. Je suis tombée sous le charme de la ville de Canberra et de ses intrigues politico-religieuses. Cet aspect du récit, à peine évoqué dans la saison une, prend ici une autre dimension qui me plaît beaucoup. Lara semble avoir échappé à une prison pour se retrouver derrière les barreaux d’une autre, des barreaux beaucoup plus insidieux, ceux de la religion.

J’ai adoré détesté le Diacre Michael, je me suis fait un sang d’encre pour Renaud, je suis tombée des nues en faisant connaissance avec Kilian - ben oui, il paraît qu’il est mentionné en fin de saison une, mais depuis le temps, j’avoue que je l’avais complètement zappé -, et je ne vous parle même pas de la belle surprise que nous réserve Cécile à propos de Lara parce que ce serait spoiler ! Bref, un épisode plein de rebondissements qui commence cette deuxième saison sur les chapeaux de roues. Les ennuis sont loin d’être terminés dans ce nouvel univers dont on ne fait que deviner les enjeux.

Une belle introduction qui laisse présager d'une saison deux complètement à la hauteur de la première. Je craignais une certaine nostalgie de Bagne, mais les surprises de Cécile risquent bien de compenser et en tous cas, j’ai bien hâte de découvrir ce que la Terre nous réserve.

Note : ★★★★☆

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Les Foulards Rouges, S02E01 : Not just a pretty face, de Cécile Duquenne
Editions Bragelonne (2015) - 72 pages - Support numérique - Feuilletons littéraires

Récemment évadés de Bagne, la planète-prison désertique, Lara, Renaud et une poignée de Foulards Rouges ont atterri dans les eaux de la planète Bleue... Il est temps pour eux de plonger au cœur de ses intrigues politiques, celles-là même qui ont fait d’eux des criminels, et désormais des fugitifs. Lorsque Lara se réveille, elle est d’abord surprise de ne pas s’être noyée. Mais son soulagement est de courte durée, étant donné qu’on l’envoie dans l’Arène des Justes... Qui, des puissants partis politiques qui s’affrontent sur Terre, est à l’origine de cette nouvelle épreuve ? Quelle que soit la réponse à cette question, Lara saura affronter dignement ce qui l’attend – car pour la Foulard Rouge, il ne s’agit là, une fois de plus, que de défendre chèrement sa vie.

Site de l'auteur : https://cecileduquenne.com/

vendredi 4 août 2017

Tu tueras l'ange, de Sandrone Dazieri


Après avoir passé ma semaine de vacances en Italie en compagnie de Sandrone Dazieri et des deux héros de Tu tueras le père, je n’ai pas résisté à la tentation de les retrouver, à peine rentrée, dans Tu tueras l’ange. Construits sur le même modèle avec quelques flashbacks destinés à aiguiller le lecteur vers la solution, ces romans bénéficient d’intrigues assez poussées et si bien construites qu’il est passionnant de les dérouler. Encore une fois, je me suis régalée !

Après l’épisode de l’enfant du silo et sa rencontre avec Dante, Colomba a finalement réintégré la Mobile et son poste de commissaire adjoint. Lorsque le train Milan-Rome entre en gare avec, à son bord, les cadavres de tous les passagers de la classe affaires, elle est appelée sur les lieux. Un acte de terrorisme revendiqué par Daesh, mais notre tête brûlée ne tarde pas à détecter un certain nombre d’éléments étranges qui la persuadent du contraire et la convainquent de faire appel à Dante qu’elle n’a pourtant pas vu depuis plusieurs semaines. C’est le point de départ d’une enquête palpitante qui va les mener jusqu’en Allemagne.

Après avoir seulement lu deux ouvrages de Sandrone Dazieri, j’en arrive à la conclusion qu’on peut lui faire confiance pour aller déterrer les faits les plus sombres de notre Histoire et les intégrer avec habileté à ses intrigues, leur donnant à la fois du corps et du piquant. Cette fois, c’est à la mafia et aux services secrets russes que nous avons à faire. La manipulation est à nouveau au menu, agrémentée d’une histoire de vengeance à laquelle nos deux amis vont avoir bien du mal à comprendre quelque chose. D’autant plus que notre duo de choc connaît quelques désaccords qui risquent de fausser leur collaboration.

Dante est un petit peu moins présent dans ce second volume, et je l’ai regretté. C’est vraiment un personnage atypique que j’avais envie de voir évoluer, avec les difficultés que l’on connaît. De son côté, Colomba est en proie au doute, les choses lui échappent, elle se retrouve à devoir contrevenir de plus en plus souvent à la loi et cela lui pose - heureusement - de sacrés cas de conscience. Mais cahin-caha leur duo continue de fonctionner et porte sur ses épaules la réussite de ce nouvel opus. Un récit extrêmement dynamique, à l’atmosphère pesante, menaçante à souhaits, et le lecteur est tout bonnement captivé. Une très bonne lecture !

Note : ★★★★☆

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Tu tueras l'ange, de Sandrone Dazieri
Editions Robert Laffont (2017) - 608 pages - Support numérique - Thriller & Polar

La mort rôde, aussi belle que fatale. Serez-vous sa prochaine victime ? Lorsque le TGV Milan-Rome arrive à quai, la police fait une macabre découverte : tous les passagers de la classe affaires sont retrouvés morts. Si les premiers indices orientent l'enquête vers un attentat, la commissaire adjointe Colomba Caselli, muscles d'acier et âme fragile, est persuadée du contraire. Pour elle, seul Dante Torre, l'« Homme du silo », est capable d'y voir clair dans ce brouillard de mensonges et de fausses pistes. Très vite, ils découvrent que ce massacre n'est que l'énième épisode d'une longue série de carnages, sur laquelle plane l'ombre d'une mystérieuse figure féminine. Elle ne laisse aucune trace, juste un nom : Giltiné, l'ange lituanien des morts.

Site de l'auteur : https://sandronedazieri.com/

vendredi 28 juillet 2017

La servante écarlate, de Margaret Atwood


Très honnêtement, je n’avais jamais entendu parler de ce roman jusqu’à tout récemment, quand la presse et les réseaux sociaux se sont enflammés à la fin du mois de juin parce qu’Emma Watson en dissimulait une centaine d’exemplaires dans Paris. Il n’en fallait bien évidemment pas plus pour éveiller ma curiosité de lectrice ! Je me suis donc intéressée à ce que beaucoup appelaient une dystopie féministe, un roman écrit par Margaret Atwood et paru en 1985, ayant fait l’objet d’une série télévisée cette année.

Difficile, en tant que femme, de rester insensible au message que ce livre véhicule, évidemment. Nous sommes aux Etats-Unis, au sein d’une société devenue patriarcale à l’excès suite à un coup d’Etat. Les femmes n’ont plus le droit de travailler, plus le droit d’avoir de compte en banque, elles sont entièrement dépendantes de leur époux. On les appelle d’ailleurs les Épouses. Cela s’appliquent à celles qui sont mariées bien sûr, parce que pour les autres, c’est encore pire : elles deviennent Marthas ou Servantes. Les premières ne sont ni plus ni moins que des domestiques, en charge de l’intérieur des Commandants ; les secondes sont des utérus sur pattes, dont l’unique vocation est de leur faire des enfants.

La servante écarlate est le récit de Defred, une Servante, qui raconte à la fois son quotidien et ses souvenirs du monde d’avant. Solitude, ennui, asservissement, peur et résignation sont ainsi mis en parallèle avec amour, insouciance, liberté et joie de vivre. Ce devrait être un véritable cri du cœur, et il m’a quasiment laissée de glace. Non, pas tout à fait, j’exagère un peu, mais je suis clairement passée à côté. L’écriture est particulière et on comprend le pourquoi du comment à la toute fin du livre, mais c’est quand même dérangeant au cours de la lecture. Le récit n’est pas linéaire, il est émaillé de réflexions et de souvenirs qui tombent comme cheveux sur la soupe.

Quant à l’héroïne, Defred, elle est tellement impersonnelle qu’on a bien du mal à s’identifier. On est obligé de rationnaliser pour reconnaître que certaines scènes sont choquantes et la plaindre, mais affectivement parlant, on ne ressent pas grand-chose. Nos émotions sont en décalage total avec le contenu du roman, et c’est extrêmement dérangeant. On finirait presque par se demander si l’on est bien normal ! Au final, je m’interroge sur l’engouement généré par ce roman. Les gens ne se seraient-ils pas laissé emporter par le message que voulait véhiculer l’auteur, plutôt que par celui qu’elle véhicule réellement ? Je demeure perplexe et un rien sceptique...

Note : ★★☆☆☆

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La servante écarlate, de Margaret Atwood
Editions Robert Laffont (2017) - 544 pages - Support numérique - Science-fiction

Dans un futur peut-être proche, dans des lieux qui semblent familiers, l'Ordre a été restauré. L'Etat, avec le soutien de sa milice d'Anges noirs, applique à la lettre les préceptes d'un Evangile revisité. Dans cette société régie par l'oppression, sous couvert de protéger les femmes, la maternité est réservée à la caste des Servantes, tout de rouge vêtues. L'une d'elle raconte son quotidien de douleur, d'angoisse et de soumission. Son seul refuge, ce sont les souvenirs d'une vie révolue, d'un temps où elle était libre, où elle avait encore un nom. Une œuvre d'une grande force, qui se fait tour à tour pamphlet contre les fanatismes, apologie des droits de la femme et éloge du bonheur présent.

Site de l'auteur : http://margaretatwood.ca/